LES JOIES DE LA COLOCATION

Durant notre courte vie étudiante, nous sommes souvent confrontés à une expérience bien particulière, par envie ou nécessité financière, qui se révèle souvent bien différente de ce que nous avions fantasmé, mais pas moins excitante pour autant. Une expérience qui permet d’en appendre beaucoup, autant sur les autres que sur soi, et nous met parfois face à des situations délicates, d’autres fois cocasses, mais qui mériterait en tout cas qu’on l’envisage comme un module d’enseignement à part entière tant elle est enrichissante : l’expérience de la colocation.

C’est un phénomène de plus en plus courant, d’une part en raison de la crise immobilière, et de l’autre parce qu’on a tous été biberonné avec des séries comme FRIENDS et grandi avec How I Met Your Mother, alors vivre en coloc relève un peu de l’équivalent de la première cuite ou du premier joint; c’est un passage obligé de l’âge étudiant. C’est un peu comme quand un gamin part en colonie de vacances et découvre pour la toute première fois le monde hors du foyer familial : une sensation de liberté toute nouvelle, en mieux, puisque les vacances n’ont pas de fin. Vivre sans parents et avec les potes à la maison, c’est donc un rêve de gosse qu’on réalise enfin à l’âge adulte.

On visite quelques appartements, on s’imagine déjà les dimanches pluvieux qui ne seront plus jamais tristes, à regarder The Voice une bière à la main, on se réjouit à l’idée de ne plus avoir à s’inquiéter d’oublier les clés chez soi, et on se dit que chaque samedi soir sera ressemblera à Projet X, parce qu’à présent plus rien ni personne ne pourra nous demander de baisser la musique.
Effectivement, les deux premiers mois ont un air de vacances, et on ne rechigne jamais à proposer son appart pour accueillir cinquante étudiants alcoolisés, parce qu’après tout on est jeunes et il faut profiter. On ne regarde plus l’heure avant d’aller se coucher, on reste bloqué à la page 16 de son bouquin depuis six semaines, et l’on oublie le concept de silence. Ambiance bataille de polochons et discussions nocturnes, réminiscence de notre enfance.

w72yiMDdeq530rl6fMQZ43TFo1_1280

Et puis, au bout de quelques temps, on commence à entrevoir la face sombre de la colocation, celle qu’on ne voit pas dans les séries mais qu’on découvre rapidement. La vaisselle, les goûts musicaux divergents et la cuvette des WC deviennent des motifs d’engueulade récurrents, les petites habitudes de chacun rendent fous dès qu’on en prend conscience, et la solitude qu’on voulait fuir commence à nous manquer cruellement. L’intimité est une notion toute relative, tandis que le vol de Twix fait figure d’incident diplomatique pouvant vite tourner en guerre nucléaire. Que ce soient au départ de parfaits étrangers ou bien nos meilleurs amis, on finit ainsi par regarder nos colocataires d’un œil nouveau, comme si on ne les connaissait pas réellement avant de vivre avec eux.

Et à mesure qu’on les découvre, on se découvre soi, et il faut parfois faire preuve de patience et d’autant de subtilité pour survivre dans ce milieu hostile, envahit par les crottes de souris, les sachets de McDo et les assiettes-cendriers.
Pour ma part, il m’a beaucoup été reproché de laisser traîner des épluchures de fruits et des sachets de thé partout. Personnellement, je ne voyais pas où était le problème ; au vu ma consommation quotidienne il paraissait normal que j’oublie d’en jeter de temps à autres, et c’était toujours plus hygiénique que les poils de barbe dans l’évier.

Oui, parce qu’en plus de vivre en colocation, j’ai eu la brillante idée de vivre avec des hommes. Et j’ai réalisé que John Gray avait peut-être raison quand au fait que les hommes et les femmes ne viennent pas de la même planète, car on se retrouve parfois à devoir gérer des situations inédites à la Ionesco. Un problème de communication disait le doc G, deux référentiels différents et donc beaucoup d’incompréhensions, voilà d’où vient le problème. Une amie m’a appelée l’autre jour pour me raconter la réunion de crise qu’avait engendré l’oubli d’un tampon dans la douche, tandis qu’elle n’en pouvait plus d’entendre des réflexions machos à toute heure. Effectivement, à de nombreux égards, nous ne fonctionnons pas de la même façon, et ce qui semble normal pour un genre hérissera les poils de l’autre.
Le choix du programme TV appartenant à la majorité, je me faisais huer quand j’osais mettre ARTE ou l’Incroyable Famille Kardashian (juste une fois, pour ne pas mourir idiote), et la chaîne sport a vite pris le monopole de l’écran. Du foot à tout moment, et les bières qui vont avec. Et en guise de déco pour l’appart, le bon goût masculin a jugé qu’entasser toutes les bouteilles en verre sous la table du salon ferait figure d’oeuvre d’art contemporain.

img_7480-001

Autre découverte : dans le dictionnaire Martien, le mot légume recouvre un large panel d’aliments, comme les chips, les pommes de terre ou les frites, et la pizza est symbole de repas sain et équilibré. Aussi, les pommes de terre sautées recouvertes d’une montagne de semoule font office de déjeuner léger.
Quant à l’achat du papier toilettes, il semble que ce soit une mission exclusivement féminine, puisque nous avons déjà exorcisé cette honte lors de notre premier achat de Tampax.
J’ai également découvert le vrai discours des hommes sur leurs conquêtes quand ils sont dans leur milieu naturel, c’est-à-dire sans la présence d’ovaires (parce que malgré les robes et le vernis à ongles, j’ai fini par être considérée comme l’un d’entre eux), mais c’est un sujet qui mériterait d’être longuement développé, alors je ne m’attarderais pas. Disons seulement que le romantisme est rarement au rendez-vous.

Quoiqu’il en soit, malgré tous ces petits agacements et déconvenues, la colocation reste une expérience positive et la plupart du temps vraiment chouette. Le tout est de savoir se dire les choses avant qu’elles ne deviennent problématiques et d’y mettre parfois un peu de bonne volonté.
Parce que finalement, ce qu’on en retient, c’est la joie de trouver les lumières allumées et une oreille à qui raconter sa soirée quand on rentre à 5h du matin, les apéros qui vous font oublier les moments où le modjo est au plus bas, les films du mardi soir qui prennent l’allure de séances de ciné, l’oubli de ce qu’est l’ennui, et surtout de belles amitiés.

IMG_7525-001IMG_75232-001 IMG_7517-001

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s