PARDON MY FRENCH – LONELY ROAD TRIP

Retour à Paris cet après-midi, et déjà la nostalgie vacancière et l’envie de repartir. Bientôt. Et loin, toujours plus loin. En arrivant, je me suis reconnectée avec le quotidien, rallumant téléphone et laptop pour voir si j’avais manqué quelque chose d’important, mais j’ai vite constaté, après avoir jeté un rapide coup d’œil à Facebook, Gmail et tout ce qui me liait au monde réel, que celui-ci avait continué de tourner dans le vide, comme d’habitude et pour toujours.

Il pleut, mais ce soir j’ai un toit sous lequel m’abriter, de la musique pour ne pas l’entendre tomber, une tisane chaude et un pull qui sent encore bon la lessive. La joie de retrouver un confort oublié quelques temps. Ce soir je dormirai dans un lit, un vrai lit sec et confortable.

J’ai regardé quelques photos prises pendant l’été, des sourires, des rues, des bâtiments, des lieux dont je ne me souviens déjà plus le nom, et j’ai soudain eu peur que cela ne soit pas suffisant, que j’oublie quand même, des détails, des émotions, des faits, alors j’ai eu envie de tout écrire, pour que les souvenirs fanés puissent un jour être rafraîchis.

Samedi 19 juillet – DÜSSELDORF

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Besoin d’aventure, de lointain, de nouveauté ou de solitude, un peu de tout ça peut-être, un je ne sais quoi qui m’a poussée à consulter une mappemonde, pour respirer un peu hors de Paris devenue irrespirable, prendre une bouffée d’air frais avant la grisaille monotone et routinière des mois de septembre. Et, sans même prendre le temps d’y penser vraiment, je réservais des billets pour quatre villes différentes dans trois pays d’Europe, quelques jours à peine avant le premier départ. La magie du clic et d’internet.

Le samedi matin, je pris donc le premier train de la journée en direction de Düsseldorf, où mon ami Jérôme avait récemment emménagé. A 5h18 du matin, j’étais dans le métro, encore endormie après avoir lutté plusieurs heures pour trouver un sommeil qui ne venait pas, en raison de la chaleur étouffante qu’il faisait et de l’excitation propre aux veilles de départ qui m’agitait. Nous avions refait le monde et rêvé de le parcourir tout entier avec Marine une bonne partie de la nuit, alors j’emportais avec moi deux valises supplémentaires, qui venaient assombrir mes yeux brillants de joie.

Jérôme est venu me chercher à la gare, nous avons pris le petit déjeuner en terrasse d’un café allemand, qui n’avait d’ailleurs pas grand-chose à envier à ses homologues parisiens, et c’est seulement lorsque j’ai posé ma valise dans son appartement que j’ai réalisé que je l’avais fait, que j’étais vraiment partie, toute seule, sans rien demander à personne, et surtout sans avoir peur.

Düsseldorf n’est pas ce que j’appellerais une ville pleine de charme. De grandes avenues, une architecture moderne, désordonnée, presque défigurée  par les chantiers qui y pullulent. Des magasins, partout, des belles voitures, partout, du gris, du gris encore, des gens, des gens partout, des gens qui font du shopping et passent leurs journées dans leurs BMW, comme dans Cosmopolis.

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Nous avons passé une soirée à Cologne, pour voir les feux d’artifice. Partout dans la ville, on enterrait des vies de célibataires. Un défilé de tee-shirts de couleurs vives à l’effigie du futur prisonnier de la vie maritale, qui se devait de vivre une dernière nuit de déchéance avant d’emprunter le droit chemin. Toujours autant de belles voitures que de pigeons à Paris, beaucoup de modernité également, mais une ville plus chaleureuse et une atmosphère festive -à croire que toute l’Allemagne venait y passer son samedi soir.

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Pour être tout-à-fait honnête, j’ai peu aimé Düsseldorf, et je n’y étais que pour rendre visite à mon ami, aussi j’ai maudit mon co-voiturage quand il m’a posé un lapin, une heure avant l’heure de rendez-vous. Non sans regrets, j’ai donc reporté mon départ au lendemain matin, déambulant une journée de plus dans les rues sans charme de cette ville et sous une pluie battante.

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Mardi 22 juillet – BERLIN

A huit heures et demie du matin, une Volkswagen bleue foncée s’est arrêtée comme convenu devant la gare, en est sortie une petite institutrice allemande de vingt-cinq ans. En guise de compagnons de voyage, un futur infirmier à dreadlocks et une journaliste qui se rendait à une conférence sur l’avenir de son métier. Je n’ai compris que le quart de la conversation qui a animé notre convoi durant cinq heures, mais il me suffisait de regarder par la fenêtre et de me dire que j’étais en route pour Berlin pour sentir la joie m’envahir.

Matthias m’attendait à Schönhauser Allee, à quelques pâtés de maison de son appartement, dans lequel j’avais passé une soirée il y a deux ans. Je n’avais pas revu Matthias depuis, à vrai dire je le connaissais à peine, mais ne connaissant personne d’autre à Berlin qui puisse m’accueillir quelques jours, j’avais mis ma gêne de côté et je lui avais demandé.

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Après une visite guidée de son quartier, au nord-est de Berlin, une promenade au Maeur Park où les tags n’attendent pas la nuit pour être dessinés et le long d’un bout vestige du mur, il m’a emmenée dans un quartier beaucoup moins huppé où se tenait un festival de cinéma en plein air. Ce soir-là, on projetait Ummah, un film berlinois sur un type qui se prend d’amitié pour la communauté turque après avoir quitté les Services Secrets, et se trouve ainsi dans une situation plus qu’inconfortable.

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Le jour suivant, réveillée par le soleil, je me suis levée tôt, et je suis allée prendre un thé en feuilletant mon guide du routard. Ma visite ayant été écourtée d’un jour, je décidais de ne pas perdre de temps et d’en voir autant qu’il était possible en une journée. Pour comprendre une ville, il faut s’y perdre un peu, aussi je n’ai pris que deux fois le métro et j’ai parcouru autant de kilomètres que mes pieds me le permettaient.

Berlin témoin de l’Histoire, qui se lit entre les lignes de ses rues et sur les murs des bâtiments, Berlin vieille de ce qu’elle a vécu, Berlin morte et ressuscitée, jeune de son architecture et des cultures alternatives nées des cendres de la guerre. Surprenante, intrigante et troublante, belle de tristesse et impressionnante de modernité, verdure luxuriante et vie nocturne agitée.

Des souvenirs ont émergé au fur et à mesure que je retrouvais des rues que j’avais connues, à une époque différente et dans un autre contexte, comme un pèlerinage d’une jeunesse pas si lointaine. J’ai visité toutes les grandes places, traversé des parcs, vu des monuments historiques et admiré la richesse du street art sur les murs de la ville que j’ai parcourue de long en large. Je me suis perdue, retrouvée, demandé mon chemin, écopé de plusieurs ampoules. J’ai joué la touriste tout en évitant de me mêler aux autres de ma condition –repérables à leurs shorts, appareils photos et groupes de transhumance- je suis montée en haut d’une tour de Postdamer Platz avec l’ascenseur le plus rapide du monde pour embrasser la ville depuis son sommet, et je suis rentrée, épuisée, à la tombée de la nuit.

 

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Jeudi 24 juillet 

J’avais rendez-vous à midi à Jannowitzbrücke pour déjeuner avec une amie qui venait de s’installer à Berlin pour un stage de six mois. Comme c’était tout près de l’East Side Gallery, je me suis promenée le long du mur de Berlin, impressionnant de hauteur et d’histoire, mais égayé par les œuvres de street art qui le recouvrent aujourd’hui. Je suis passée au Yaam, célèbre lieu de la culture alternative berlinoise où j’avais passé de bons moments deux ans auparavant. Ils avaient déménagé et le lieu avait un peu changé, mais les souvenirs étaient là. J’ai pris un jus d’orange et je me suis assise sur la plage. Une française qui m’avait entendue demander du feu à un groupe de filles et avait reconnu sans mal mon accent que j’essayais pourtant de rendre le plus discret possible est venue s’asseoir en face de moi. Quelques minutes plus tard, deux jeunes qui venaient de Mexico sont venus se joindre à nous, me demandant de leur rouler un joint, parce qu’ils n’étaient plus en mesure de le faire. Il n’était même pas 11h mais ils étaient déjà bien loin, parce qu’ils avaient pris des champignons magiques en guise de petit déjeuner.

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J’ai offert un chocolat chaud à Matthias en guise de remerciement pour l’hébergement avant de me rendre à la gare de Berlin, où je devais prendre un train pour Varsovie.

C’était un de ces trains comme on en voit dans les vieux films, avec des petits compartiments, des murs peints de vert pastel et de grandes fenêtres. Je me suis fait contrôler trois fois, j’ai dû montrer mon passeport, affronter le regard accusateur des douaniers polonais louchant sur les cannettes de bière vides que mon voisin laissait sur le rebord de la fenêtre à côté de laquelle j’étais assise. Il a fini par expliquer, au bout de deux heures de voyage qu’il avait occupées à boire une quantité astronomique de bière et passer de longs coups de téléphone en polonais, qu’il revenait d’un congrès auquel il avait accompagné sa copine, et que celle-ci l’avait quitté, après deux ans de relation passionnée. Il ne comprenait pas, semblait désemparé et disait ne plus croire en l’amour, être las de ces relations qui n’en finissaient pas de se finir, qu’il avait vingt-neuf ans et qu’il était temps qu’il trouve quelqu’un avec qui il pourrait parcourir un bout de vie, qu’il était fatigué de chercher et qu’il commençait déjà à se dire qu’il était trop tard. Je lui ai dit qu’il se trompait, qu’il finirait par trouver la personne qu’il cherchait, mais que parfois ces choses-là prennent du temps, et qu’il ne faut pas se contenter de vivre dans l’attente de cette promesse mais jouir de chaque instant qui nous en sépare et de profiter de ces relations qui ne durent pas comme si elles se perdraient dans l’éternité, car sinon la vie serait triste, mais qu’il fallait surtout ne jamais, jamais cesser d’y croire. Car peu importe que les relations durent quelques mois, un an, deux, dix ou des centaines ou même une nuit, tant qu’on les vit intensément.

En face de moi, un homme d’une cinquantaine d’année que j’avais d’abord pris pour un grossier personnage parce qu’il avait posé ses pieds nus sur mon fauteuil mais qui s’est révélé être quelqu’un de profondément gentil, marocain d’origine ayant passé quelques années à Berlin avant de venir enseigner l’anglais à Varsovie. Il parlait plus de vingt dialectes, et conversait aisément avec tout le monde dans nos langues natales respectives. En descendant du train, il a tenu à m’emmener boire un thé dans le kebab que tenait son ami palestinien et réfugié politique, puis à m’accompagner jusqu’à mon auberge de jeunesse. Il était engagé tout un tas de causes et d’organisations et m’a invitée à participer à une manif de soutien aux palestiniens qui aurait lieu le samedi. Il a promis de m’appeler, et il l’a fait, mais je n’ai eu son message que trop tard, et je ne l’ai plus jamais revu.

Quand je suis arrivée dans la chambre, il était presque minuit, les lumières étaient éteintes et on entendait déjà quelques ronflements. Six lits superposés, douze personnes. On m’a attribué le seul lit restant, et je me suis couchée sans faire de bruit.

 

Vendredi 25 juillet – VARSOVIE

Le lendemain, je décidais de faire un premier tour de la ville à l’aveuglette, sans carte. Tournant au hasard au détour d’une rue, attirée par un immeuble, un détail, une intuition, j’allais où bon me semblait, sans me préoccuper du nom des rues. Au bout de quelques heures de marche, j’étais perdue. Je demandais ma direction, on me répondait systématiquement « Nie nie nie », ce qui pourrait se traduire par « Je ne parle anglais, et puis même si c’était le cas je ne t’aiderai pas car ici on n’aime pas les touristes ». Des blocs d’immeubles vétustes et des gens pauvres, j’étais dans une partie de la ville qu’on ne voit pas dans les guides, peu accueillante voire hostile, mais pour le moins authentique.

Dans un tramway, un gamin jouait de l’accordéon, il m’a demandé de l’argent, j’ai menti en disant que je n’en avais pas. Je suis descendue, parce que j’avais vu une église qui me semblait jolie, il m’a suivie. Il m’a à nouveau demandé de l’argent, je lui en ai donné cette fois, et il m’a enlacée pour me remercier, au beau milieu de cette église, puis il s’est mis à avoir les mains baladeuses et les a posées sur mes fesses. Je l’ai recroisé le lendemain, dans la vieille ville, jouant de l’accordéon à côté d’un chien, et son regard triste m’a touchée en plein cœur, si bien que je lui ai à nouveau donné quelques pièces.

Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que j’ai enfin pu entrevoir la beauté de Varsovie. J’étais dans la vieille ville, où fleurissent cafés et restaurants sur les places épargnées par la guerre. Le château royal, les églises, les rues pavés et les immeubles couleurs pastels, j’ai souri en réalisant que j’avais marché des heures sans rien voir d’aussi beau, rassurée de constater que la ville valait vraiment le coup d’œil. J’ai dîné à une table pour deux au milieu de laquelle brillait une bougie, à deux mètres d’un pianiste qui reprenait Chopin et semblait ne jouer que pour moi, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert pour compagnon de ce dîner bien trop romantique pour une seule personne.

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Si l’Allemagne porte encore les cicatrices de la guerre, la Pologne semble ne s’en être toujours pas remise. Les références au passé sont omniprésentes et lourdes de sens, et cela s’en ressent dans l’humeur du peuple polonais. Des gens tristes et aigris, désabusés par la politique et inquiets pour l’économie de leur pays. Des gens qui dorment sur les bancs parce que leur logement ne leur a pas été rendu après la chute du communisme, des filles magnifiques aux jambes infinies qu’ils trouvent trop maigres à leur goût, une haine de la Pologne et de sa capitale dont ils ne se cachent pas.

J’aimais être seule, marcher sans but et sans entrave, m’arrêter quand je le voulais pour mieux apprécier l’endroit où je me trouvais. Je marchais sans savoir où j’étais ni où j’allais, guidée par la beauté des lieux ou la curiosité d’un coin perdu. Je m’arrêtais quelques fois pour observer les gens à loisir, tenter de les comprendre à distance, assimiler le plus possible de ce pays qui m’était étranger.

J’ai rencontré un polonais dont c’était l’anniversaire, mais qui le fêtait seul. Il m’a invité à boire une bière, parce que contrairement à notre tradition, c’est au célébré de régaler. Comme beaucoup de ses compatriotes, il parlait à peine anglais, alors je devais parfois donner plusieurs interprétations avant de saisir la bonne. Je lui ai offert de fumer un joint d’anniversaire de Berlin, et comme la drogue ne court pas les rues de Varsovie puisque les policiers polonais ne sont pas des rigolos et appliquent une politique de tolérance zéro, il m’a regardé avec étonnement. Au bout d’une heure, il m’a dit qu’il m’aimait : « Polish guy lovely you », puis il ne m’a plus lâchée. Il était d’humeur romantique, me tenait la main et disait à qui voulait bien l’entendre que j’étais française, parce que pour lui c’était quelque chose d’extraordinaire. Les polonais ne comprenaient d’ailleurs pas ce que des français venaient foutre par ici. On a écouté un groupe de musiciens, on est resté avec eux un long moment, il leur a fait jouer ses morceaux préférés, et puis il a tenu à me raccompagner à mon hôtel. J’ai tenté de lui faire comprendre qu’il ne pourrait pas y entrer avec moi, parce que je dormais avec onze autres personnes, mais, je ne sais si c’est la weed qu’il n’avait pas l’habitude de fumer ou bien la pauvreté de son anglais, il refusait de le comprendre, et ce n’est qu’une fois devant l’accueil de l’auberge qu’il a fini par renoncer, repartant tout penaud. Malaise.

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Le dernier soir, alors que j’allais rentrer à mon hôtel, je me suis arrêtée devant deux musiciens. J’ai jeté quelques zlotis dans leur étui à guitare désespérément vide. Personne ne s’arrêtait pour les écouter, ni même ne semblait les remarquer. Ils m’ont souri, je suis restée, et puis nous avons fini par parler. Ils se remettaient de leur dernière nuit, avaient à peine dormi et ne s’étaient même pas douchés, et une de leurs guitares avaient une corde en moins, alors ils s’excusaient de leur piètre performance, mais moi je ne sais pas jouer plus d’un accord, alors je leur pardonnais. Avec l’argent que je leur avais donné, ils se sont acheté une bière chacun, et nous avons fait un bout de chemin ensemble. Ils partaient le lendemain pour Woodstock, un festival à quelques kilomètres de là, ils m’ont proposé de les suivre, et l’espace d’un instant je fus tentée, mais j’avais un avion qui m’attendait. Ils m’ont dit que j’étais la rencontre la plus extraordinaire qu’ils aient fait depuis ces derniers mois, peut-être même années, que j’avais une personnalité en or et que les gens comme moi étaient de vrais trésors, des perles rares. J’ai pensé que décidément, les polonais ne devaient pas être des gens très drôles pour que je leur fasse autant d’effet.

 

Lundi 28 juillet – STOCKHOLM 

Je suis arrivée à l’aéroport de Stockholm à midi et demi. Joachim m’avait donné des indications très précises pour me rendre chez lui, aussi j’ai simplement toqué à sa porte, sans savoir qui était la personne qui se tenait derrière. Je ne fus pas déçue.

Je m’étais inscrite sur Couchsurfing.com quelques jours avant mon départ, à la recherche d’un endroit où loger gratuitement pendant mon séjour. Ce genre d’initiatives absolument géniales, tout comme Blablacar, permettent de voyager à moindres frais, mais aussi de rencontrer des autochtones et de partager un bout de voyage et un peu de culture. Joachim était le premier à m’avoir répondu. Sur son profil, il était indiqué qu’il avait vingt-cinq ans, qu’il était photographe et bon cuisinier. Quelques photos de lui, sa blondeur et ses yeux bleus, et des commentaires laissés par les gens qu’il avait accueillis auparavant, je ne sais pas trop ce qui m’avait plu chez lui, mais j’avais l’intuition que c’était une belle personne. Et je ne m’étais pas trompée. Il a ouvert la porte, m’a tendue la main pour que je la serre et est allé s’assoir dans la cuisine. Il m’a proposé un verre d’eau, il faisait très chaud. Il parlait peu, seulement quand c’était nécessaire. Ou lorsqu’il avait trouvé quelque chose d’assez intéressant pour mériter d’être exprimé à voix haute. Il habitait dans la banlieue de Stockholm, à une heure de marche du centre. Nous y sommes allés à pied. Il m’a fait goûter la bière des Viking, a tenu à me la payer, j’ai insisté pour lui offrir la suivante, sur le pont d’un bateau, face au coucher de soleil. Nous parlions peu, nous contemplions beaucoup. Comme moi, il aimait observer. Le ciel, les gens.

Stockholm m’a fait l’effet d’une limonade fraîche après la Pologne. Je m’y sentais chez moi. Les suédois sont aussi charmants qu’accueillants, et leur niveau d’anglais bien supérieur au mien. On me rendait mes sourires, on répondait à mes questions, et partout les gens semblaient heureux et en bonne santé. Les personnes âgées et les handicapés s’intègrent au paysage grâce aux infrastructures adaptées et à la gratuité des soins médicaux, la pauvreté est peu présente car tout citoyen est assuré d’avoir un toit pour dormir, et les espaces verts laissent respirer la ville. Construite sur plusieurs petites iles, l’eau est un élément essentiel du paysage, et le ciel est visible comme nulle part ailleurs en zone urbaine.

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Un suédois m’a offert invité boire un thé, il m’a parlé de son pays, m’a fait visiter un peu aussi.

J’ai continué ma randonnée citadine, tentant de capter l’atmosphère de la ville et de m’en imprégner le plus possible, j’ai vu des expositions, avec ou sans Joachim, j’aimais la façon qu’il avait de regarder certains clichés qui happaient son regard, et de les fixer pendant de longues minutes. Le dernier soir, il m’a emmené au Pub Engelen où avait lieu un concert de free jazz, avec un ami à lui à la batterie. Le groupe qui les précédait a joué une reprise de First Aid Kit, moment magique.

Le lendemain, je suis partie à l’aube pour profiter de mes derniers instants de vadrouilleuse. Il m’a rejoint un peu plus tard, son vieil appareil photo accroché à l’épaule, il m’a fait asseoir dans un coin d’ombre, a mesuré la luminosité puis immortalisé ce moment. Il m’a laissée sur le quai du métro, je l’ai regardé s’en aller, droit et silencieux, splendide.

Mon avion avait cinq heures de retard, j’ai regardé une dernière fois le coucher de soleil de Stockholm depuis les immenses baies vitrées de l’aéroport. Je suis arrivée chez moi à quatre heures du matin, le taxi parisien m’a coûté aussi cher que le vol. Vive les compagnies lowcost, vive Paris. J’ai regardé les photos de ces deux semaines vagabondes : tant de rencontres, d’étonnement, de nouveauté, de joies simples, j’ai compris toute la valeur du mot voyage, et j’ai su que désormais, je vivrai dans l’attente des suivants. Peut-être que le bonheur est dans le lointain ?

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